Mon séjour chez les cousins du cacique Raoni
Par Annie Gasnier
Buenos Aires, Rio de Janeiro, Santiago du Chili, les Andes, l’Amazonie… L’Amérique Latine serait mon territoire de jeu !
C’était mon objectif, non pas « de carrière » mais de journaliste : le terrain, le reportage dans cette région. Et j’ai été correspondante en Amérique du Sud grâce à la radio mondiale. Bien avant d’être « Madame Foot » sur RFI !
A mes débuts de stagiaire d’école, aux flashes de nuit, je me souviens de cette immense carte du sous-continent accrochée au 5e étage, près de « la 2-58 ». Devant, le rédacteur en chef du soir, Pierre Benoit, racontait aux jeunes débutants ses aventures sud-américaines. On faisait le tour des dictatures et des sites exceptionnels comme le Machu Picchu et la baie de Rio.
Correspondante régionale pendant vingt ans !
Lorsque l’occasion s’est présentée, RFI et Pierre Benoit, devenu « chef du monde », m’ont dit « banco ! ». Je suis partie comme « correspondante régionale » … pendant vingt ans !
J’ai vu défiler des présidents, enterré les pilotes Ayrton Senna et Juan Manuel Fangio, puis le dictateur Augusto Pinochet. J’ai assisté aux recherches du vol AF Rio-Paris disparu dans l’Atlantique en mai 2009 avec ses 199 passagers. J’ai arpenté favelas et villas miserias, admiré des défilés de carnaval à Rio et fêté au pays du « futebol » deux coupes du monde avec les Brésiliens !
Un de mes reportages les plus marquants, et le plus original, restera mon séjour en 2007 en pleine forêt amazonienne, chez les Indiens Kayapos.

Dix jours inoubliables, loin du monde, dans un village des méandres de l’Amazone. J’étais guidée par un « contact » qui connaissait cette tribu des Kubenkokre, dans la réserve Mekragnotire. Les chefs de la communauté avaient donné leur accord.
Pour atteindre « l’aldeia » le voyage fut épique, se terminant par une heure d’avioneta, un petit avion à hélice, au-dessus d’un tapis vert sombre, au départ de Guarantao do Norte, un mini far west aux ruelles en terre, aux bars en bois, où des clients portent parfois une arme à la ceinture.
Ambiance d’aventuriers du bout du monde ! Contraste total avec le calme de la forêt.
« J’étais l’attraction du village »
Les cousins de Raoni, le cacique célèbre grâce au soutien du chanteur Sting, m’ont bien accueillie. Jusque dans leur maloca, leur hutte en paille où j’accrochais mon hamac pour la nuit, entre un singe et un perroquet apprivoisés.
J’étais l’attraction du village. Pas vraiment pour les femmes, très occupées par les enfants et les repas et restées farouchement à distance de mon micro. Plutôt pour les enfants, curieux, qui avaient la rivière pour terrain de jeu préféré…
Leur salle de bain !
Les hommes de la tribu avaient un message à faire passer. Les Kayapos espéraient que mes reportages servent leur cause. Soucieux de leur vie en tribu – 45 familles vivaient là dans autant de maisons – ils ont voulu me montrer pourquoi ils tenaient à habiter la forêt. Pour leurs activités traditionnelles, mais aussi extractives grâce à la noix du Brésil, un fruit dont l’huile pouvant se négocier très cher en ville. Ils m’ont emmenée avec eux, dans la moiteur écrasante du sous-bois. Ils m’ont montré que le gibier se raréfiait, le poisson aussi. Ils se sentaient les gardiens des arbres, de cet écosystème, et investis d’une mission ancestrale de protéger leur « maison » objet de tant de convoitises, et menacée.
J’ai écouté leurs discussions le soir, dans la pénombre de la maison du guerrier au centre de l’aldeia. Leurs attentes dépassaient le pouvoir de mon micro. Le chef Ytumti traduisait, il parlait portugais depuis ses allées et venues à Brasilia. Selon les gouvernements, il se sentait parfois écouté… ou pas.
Seule certitude : sa réserve était démarquée et homologuée. Mais pas hermétique aux incursions de trafiquants de bois ou d’animaux sauvages ni aux appétits économiques des richesses en sous-sol : ils se savaient fragiles, ils vivaient dans la crainte en permanence.
A la COP qui s’est achevée tout récemment, à Belem, à l’embouchure du fleuve Amazone, les peuples pré-hispaniques étaient là, présents pour revendiquer droit et protection sur leurs territoires. La lutte des Indiens d’Amazonie pour leur survie ne s’arrêtera pas de sitôt.

Moi, je suis ressortie de la forêt avec le sentiment d’une dette à leur égard, eux qui m’avaient si bien reçue.
Mes reportages publiés par RFI, mais aussi par France Inter ou Le Monde, les ont-ils aidés ?
L’auteure

Annie Gasnier
Née en 1962, à Metz
Entre à RFI comme stagiaire d’école (CUEJ Strasbourg) à l’été 1987
Correspondante à Buenos Aires 🇦🇷 de 1991 à 1992
Correspondante pour l’Amerique du Sud au Brésil 🇧🇷 de 1993 à 2010
Présente l’émission quotidienne Radio Foot Internationale depuis novembre 2010







































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