Spartacus est né à Miami
Par Frédérique Genot
Ce n’était sans doute pas ce qu’imaginait la direction des ressources humaines en lançant les séminaires de perfectionnement des correspondants de RFI. Mais c’est bien ainsi que cela s’est passé.
Après une première expérience à Abidjan, en 1997, RFI avait réuni à Miami, en 1998, les journalistes en poste dans les Amériques, pour leur dire qu’ils faisaient partie d’une maison et qu’ils étaient l’une de ses forces. C’était important au moment où RFI changeait de format et devenait une radio d’information continue. Annie Gasnier, Pascale Guéricolas, Patrice Gouy, Laurence Mazure, Emmanuelle Richard, Eric Samson, Célhia de la Varenne ont travaillé dans une ambiance bienveillante et sont parfois devenus amis.
Un réseau de pigistes
Mais ils ont surtout créé un réseau de pigistes qui leur a permis d’échanger de précieuses informations grâce à un tout nouvel outil qui n’en était qu’à ses balbutiements : internet.
Spartacus, c’est le nom de ce réseau, accueille de nouveaux correspondants, les fédère et s’étoffe au fil des ans. Paradoxe de cette initiative de la direction, Spartacus lancera des grèves pour se faire entendre. L’une d’entre elles permettra ainsi d’obtenir une hausse du barème des piges en seulement 24 heures, quelques années plus tard.

Après Miami, à peu près tous les douze à dix-huit mois, se succèdent les séminaires sur un principe d’alternance avec une logique dominante africaine : Afrique/Europe, Afrique/Asie, Afrique/Amériques…
Claude Mesguich s’occupe de l’organisation, en lien avec la DRH et les services techniques. Côté journalistes, les animateurs des ateliers sont : Nicolas Balique, Jean-Karim Fall, Laurent Correau pour les correspondants africains ; Isabelle Poiraudeau et Cécile Mégie pour les correspondants d’Europe et d’Asie.
Fin 2006, je prends le relais de Cécile Mégie (nommée cheffe du service économie) : cap sur Buenos Aires ! A l’époque, le programme des ateliers est en grande partie consacré à l’écriture radio, les angles, le ton et la présence à l’antenne.
Jacky Hanssens, de la DTSI (direction technique et des systèmes informatiques), prend des demi-groupes pendant deux jours. Il initie les journalistes au fonctionnement des enregistreurs EDIROL qu’il a apportés dans ses bagages – c’était la tendance de l’époque. Les correspondants de RFI s’équipent pour s’adapter au passage au numérique. Les ateliers se terminent tard et il est évident que la technique va prendre de plus en plus de place dans ces formations.
Pinochet trouble-fête
Mais séminaire ou pas, l’actualité prime… Ainsi en 1998, Annie Gasnier a dû quitter Miami de toute urgence. Augusto Pinochet venait de se faire arrêter à Londres à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par le juge Garzon. Retour illico en reportage et aux directs pour la correspondante de RFI !
En 2006, c’est au tour de Claire Martin de quitter précipitamment le séminaire de Buenos Aires, au petit matin pour regagner son poste à Santiago du Chili. Augusto Pinochet vient de mourir. Il ne perturbera plus les séminaires…

Pour le séminaire de Prague, en 2011, j’ai désormais la double casquette : organisatrice et animatrice. C’est passionnant. Je fais équipe avec Rachel Locatelli, réalisatrice, pour la totalité des deux semaines. Nous travaillons toujours la voix et l’écriture, mais en mettant particulièrement l’accent sur le montage, le choix des sons et l’envoi des éléments. De manière générale, les séminaires sont toujours un mélange de travail intense, d’exercices pratiques et théoriques et de partage d’expériences, le tout dans une atmosphère à la fois studieuse et détendue.
Je garde le souvenir d’avoir été submergée d’émotion devant la générosité des correspondants qui m’offraient sur une clé usb un « vrai-faux » journal enregistré en douce… Une caricature du travail effectué dans la semaine ou une vidéo des meilleurs moments.
Sans surprise, les soirées sont des moments privilégiés de complicité… Au cours du dîner, les correspondants se découvrent mutuellement, échangent leurs bons plans, voire leurs contacts et leurs mises en garde envers les interlocuteurs « pas fiables » de leurs différents employeurs, quand c’est le cas. Ou bien encore ils comparent les barèmes de paiement d’une rédaction à l’autre… Tous sont curieux du fonctionnement global de RFI, de son histoire et de son avenir.

Unité de temps, de lieu et d’action, ces séminaires sont à l’évidence un espace privilégié de rencontre professionnelle à la satisfaction de tous. Mais l’aventure a un coût… Pour des raisons financières, la direction de la radio sera contrainte de suspendre temporairement ces séminaires et d’en repenser l’organisation.
Une formation à Paris
Changement radical d’approche : si RFI ne vient pas à toi, à toi de venir à RFI ! A Paris, l’opération est moins coûteuse et plus simple à monter, mais elle répond surtout à une demande -légitime- de certains correspondants de rencontrer et mieux connaître la rédaction centrale.
Ainsi, après une dizaine d’années d’interruption, un séminaire a réuni des correspondants d’Afrique en décembre 2024, qui pour la première fois, s’est donc déroulé à Paris. Il a été animé par Amélie Tulet et Nicolas Sur. Le suivant réunira les correspondants d’Europe en ce mois de décembre 2025.
Quant à Spartacus, le réseau existe encore. Mais les correspondants de RFI sont désormais réunis au sein de l’Acorfi, l’association des correspondants de RFI. Ils sont actuellement 130 environ, représentés par un bureau d’une quinzaine de membres, et communiquent désormais plutôt par la messagerie WhatsApp.

L’auteure

Frédérique Genot
Née en 1966 à Semur en Auxois
Entre à RFI 1990
Correspondante à en Afrique centrale (Brazzaville) en 1993
A été journaliste au monitoring, au SMF, au service éco, à la cellule d’urgence de reportage, à la présentation, au SDR, au service France puis (actuellement) à Décryptage.



































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