« J’en suis là, parce que RFI ! »
par Moktar Gaouad
Radio France Internationale (RFI) est quinquagénaire. C’est dire qu’elle aura accompagné toute ma vie. Parallèlement.
Déjà à l’école primaire, dans ma ville natale du sud-est de la Mauritanie, je l’avais imposée sur le poste radio familial à ondes courtes, en bidouillant et bloquant définitivement l’aiguille du récepteur sur sa fréquence kilo hertzienne. Je me réveillais et dormais avec Jacqueline Papet, Alain de Chalvron, Gérard Dreyfus, Philippe Leymarie et tant d’autres grands noms de la « radio africaine ». Je participais à tous les jeux pour auditeurs et fêtais à maintes reprises l’annonce de mon nom par l’animateur Jean-Pierre Charbonnier.
RFI m’insuffla l’amour et la passion du journalisme. Et c’est en toute logique que je suivis des études universitaires pour devenir journaliste. Installé en France et étudiant à l’Université de Bordeaux, c’est évidemment à RFI que j’ai accompli mon premier stage d’étudiant.

Je suis arrivé à la Maison de la Radio et, tel un gamin devant ses idoles, il était inutile de me présenter mes futurs mentors. Je les saluais en les nommant, rien qu’en entendant leur voix. RFI fut mon premier employeur, avant d’entamer plus tard une carrière en télé et gravir les échelons dans le secteur des médias.
« À toi les questions les plus dures ! »
Puisque mémoires riment avec anecdotes, je vais en raconter une qui montre combien, toute ma vie, je serai reconnaissant à la radio mondiale. Très vite, après y avoir intégré la rédaction Afrique, j’ai été désigné pour faire partie de l’équipe qui allait couvrir le Sommet France Afrique à Biarritz, en novembre 1994. J’étais sous les ordres de la très grande et brillante Madeleine Mukamabano pour l’épauler dans son émission « Le débat africain ».
Nous avons interviewé pratiquement tous les chefs d’État participants. La star, le beau parleur, l’iconoclaste, l’imprévisible corrompu et corrupteur que tout le monde voulait approcher à cette occasion était le président du Zaïre – l’actuelle RDC – Mobutu Sese Seko. Mais rien ne pouvait impressionner la belle Madeleine qui avait décroché un rendez-vous avec le dictateur aux tenues de léopard. Ordre nous est donné de son conseiller en communication, l’ancien journaliste de Jeune Afrique Sennen Andriamirado, d’être prêts pour une interview qui se déroulerait un soir, après le dîner de son « patron ».
Madeleine et moi avions bien préparé nos dossiers et réparti les questions. « À toi, jeune débutant, les questions les plus dures ! », m’a dit Madeleine. « Il faut que nos chefs d’État répondent à la jeune génération africaine. Qu’ont-ils fait pour nos pays, après vingt-cinq d’indépendance ? », concluait « Mado » avec conviction. Il était minuit bien passé quand l’envoyé du général Mobutu tapa à la porte de la chambre d’hôtel où l’on attendait.
L’interview se déroula dans la suite présidentielle, en présence de toute la délégation zaïroise dominée par des hommes en treillis. Tout se déroulait assez normalement… jusqu’à ce que je pose une question sur les « ardoises » laissées par le dictateur dans les hôtels suisses.
Fin brutale de l’interview de Mobutu !
« Monsieur le président, non seulement on vous accuse de détournement de fonds mais aussi de ne pas payer vos factures dans les palaces suisses… ». Au milieu de mon interrogation, j’ai senti mon corps léviter et une force me soulever de mon siège. C’était un des militaires qui me jeta littéralement à la porte !
Madeleine appuyait mes arguments, argumentait. Rien n’y a fait. L’interview a été arrêtée. Toutefois, notre technicien continuait d’enregistrer et on entendait clairement le démenti de Mobutu.
Trois ans plus tard, à la mort du dictateur, ce passage sera rediffusé par RFI. Comme pour dire : Mobutu avait disparu mais pas l’impertinence sur la radio mondiale.
J’en suis là, parce que RFI !

L’auteur

Moktar Gaouad
Né en 1970 à Aïoun (Mauritanie)
1994 : Arrivée comme journaliste à RFI, à Paris
2001 : Recruté par TV5 Monde pour présenter le journal, puis comme rédacteur en chef
2007 : rédacteur en chef à France 24
2009 : conseiller en communication du président de la Banque africaine de développement
2014 : à New York il conseille des entreprises et participe au lancement de chaînes de télévision ou de plateformes numériques à destination du continent africain
Il réalise aussi des études et missions de conseil auprès d’organisations telles que les Nations Unies sur la « Presse dans la prévention des conflits » ou « Les médias et la démocratisation en Afrique ».
Actuellement à Bruxelles, il participe à la formation en journalisme et à la création de nouveaux médias en Afrique et au Moyen-Orient.



































Laisser un commentaire