Ecouter et comprendre
par Martine Paris
Quarante années dans l’Audiovisuel public, dont les trois quarts à RFI ! Le temps passe vite quand on aime, et j’ai aimé cette radio. Je l’aimais mais surtout j’en étais fière. Fière de travailler dans un média international de référence tel que RFI, fière d’appartenir à une grande maison, aimée par ses auditeurs en raison de la qualité de ses programmes, de sa vision plus large de l’information. Aimée par ceux qui y travaillaient, avec le sentiment d’en être à part entière.
Jeune cadre juridique en 1982, lorsque RFI est devenue filiale de Radio France, j’ai eu la chance de participer, ou plutôt, d’assister aux négociations des Conventions Collectives de l’audiovisuel public. Ces négociations ont été déterminantes dans le choix de mon parcours professionnel en ressources humaines.
C’est en 2004 que j’ai été nommée directrice des ressources humaines. Le terme « ressources » me semble trop restrictif pour englober toute la richesse du métier. DRH, c’est écouter, écouter pour comprendre, comprendre pour construire. Ce n’est pas qu’une appréciation des « ressources », l’aspect « humain » est fondamental.
35 heures, le tout info, la numérisation… Des chantiers en série !
De gros « chantiers » m’attendaient. Ils ont été menés avec l’ensemble des membres de l’équipe RH qui m’ont épaulée dans cette tâche avec efficacité, réactivité et sans jamais se départir de cette bonne humeur et de cet humour qui m’ont tant aidée !
Ces chantiers ont été nombreux. Je citerais particulièrement la mise en place des 35 heures, le passage au tout info, l’impact de la numérisation sur les métiers, et notamment le rapprochement des métiers techniques et de la réalisation, les fameux TCR !

Ils m’ont permis de faire le tour des services, d’approcher au plus près leur mode de fonctionnement mais aussi d’appréhender la personnalité de ceux qui faisaient cette radio.
Les discussions menées au sein des rédactions en langues étrangères m’ont fait faire le tour du monde ! Chacune avec leur propre approche des questions traitées, compte-tenu de leur culture, de l’histoire de leur pays, quelle richesse que cette diversité !
Il y avait aussi le casse-tête des tableaux de service, RFI émettant 24 heures sur 24, ou encore le décompte du temps de travail pour ceux dont le temps de travail ne pouvait être décompté !
Et le quotidien… Les adaptations aux dispositions légales, aux nouvelles normes sociales, les conditions de travail notamment pour préparer les nombreux déménagements de RFI au sein de la Maison de la Radio mais aussi vers le Tripode, et bien sûr Issy-les-Moulineaux !
Dialogue social : commissions et crispations
Les longues et âpres négociations avec les organisations syndicales sur les salaires strictement délimités par le fameux cadrage salarial imposé par les tutelles, sur les évolutions de carrière, avec leur lot de commissions paritaires, moments de crispation mais aussi de détente car, après deux heures du matin, les nerfs lâchent un peu….
Crispations certes avec les organisations syndicales mais également avec les chefs de service qui souhaitaient promouvoir leurs équipes dans des enveloppes financières contraintes !
Mais, bien entendu, c’est l’année 2009 avec la mise en place d’un plan social, qui connaîtra les plus fortes tensions, au sein des instances représentatives du personnel, mais aussi devant les tribunaux où les représentants des salariés ont manifesté leur colère.
Je ne garde aucun mauvais souvenir des toutes ces discussions, négociations, nombreuses et difficiles, mais avec des partenaires sociaux le plus souvent responsables, soucieux du bien-être des salariés et de l’avenir de l’entreprise.
Un puissant sentiment d’appartenance
Ce qui était très frappant, c’était ce sentiment très fort d’appartenance des salariés à leur radio, fédérés autour d’événements quelquefois douloureux, quelquefois festifs.
Je revois les salariés arborant en 2008 le tee-shirt « Libérez Moussa » – Moussa Kakà, notre correspondant au Niger – mobilisés pour obtenir sa libération. Je ressens encore la douleur collective du personnel lors des événements tragiques, tels le décès de journalistes dans le cadre de leur travail : Johanne Sutton, tuée en Afghanistan en 2001, avec qui j’avais beaucoup travaillé sur la mise en place des 35 heures à la rédaction en français, Jean Hélène en Côte d’Ivoire en 2003, Boris Fleurenceau, décédé en 2007… Puis, peu après mon départ, en 2013, Claude Verlon et Ghislaine Dupont.

L’inquiétude générale face aux menaces qui pesaient sur les équipes de RFI en mission sur des zones à risques, risques de guerre dont Médard Chablaoui s’est d’ailleurs fait écho sur ce blog (« 2001, Kaboul malgré tout ! »), mais aussi de maladies telles que le paludisme.
Ces drames ont marqué les personnels de RFI, qui ont pu bénéficier du soutien inconditionnel du Dr Deriaz, Médecin du Travail, et Marie-Pierre, infirmière.
Des rassemblements plus joyeux du personnel lors de fêtes organisées par les rédactions de langues, comme la Saint Patrick, ou lors de soirées organisées par la Direction de la Communication au Queen, à l’Enfer, au Bataclan… Des moments festifs et rassembleurs !
Enfin, je garde de beaux souvenirs des missions de formation à l’étranger organisées par Claude Mesguich qui m’ont permis de belles rencontres avec des pigistes correspondants de RFI, grande richesse de notre radio. Mon étonnement aussi de voir journalistes et producteurs accueillis comme des stars, les techniciens se sentant comme chez eux !
Certes, les services administratifs n’étaient pas aux premières loges des missions de la radio mais ils y concourraient avec fierté en essayant de faciliter le travail des équipes des rédactions et de la production.
L’auteure

Martine Paris
Née en 1952 au Raincy
Entrée à RFI en 1982
Cadre juridique puis
Directrice adjointe des ressources humaines (2002 à 2004)
Directrice des ressources humaines (2004 à 2012).



































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