« Je me souviens… »
par Georges Lory
Je me souviens de cette question à Bakou : « Pourquoi RFI nous passe-t-elle une demi-heure de créole le dimanche ? » On avait confondu avec la demi-heure de turc.
Je me souviens de Noël Copin, notre médiateur, expliquant aux autorités ivoiriennes, très remontées, qu’équité de traitement ne signifiait pas égalité de temps de parole. A l’époque, le président de Conseil National de la Communication Audiovisuelle était un ancien journaliste, le regretté Diégou Bailly, jadis emprisonné sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny.
Je me souviens être monté avec Francis Ayrault sur le pylône qui allait accueillir notre relais à Lusaka.
Je me souviens qu’une année, la réunion annuelle avec la BBC, Deutsche Welle et Voice of America se déroulait à Paris. J’étais chargé de conduire une délégation à l’opéra Bastille. A l’aller, comme au retour, le chauffeur du taxi, hélé dans la rue, écoutait RFI…
Je me souviens des délégations chinoises. « Nous ne sommes pas contents de ce que vous diffusez en mandarin », me dit une directrice, incapable toutefois de me citer le moindre exemple de son courroux. Invitée au restaurant, une autre délégation fut bien plus directe : « Combien gagnent vos journalistes ? Et vous-même, combien gagnez-vous ? »
Je me souviens d’une visite impromptue à Abidjan, entre Noel et jour de l’an, car Jean-Paul Cluzel souhaitait rencontrer Laurent Gbagbo fraîchement élu président de la République (oublions les vacances en famille). L’épouse de l’ambassadeur de France me montra le fameux « passage secret » menant de son jardin à la présidence ivoirienne. Il s’agissait de trois petites marches descendant dans le gazon débouchant sur une petite porte blanche.
Je me souviens de huit ans d’échecs pour implanter un relais RFI à Johannesburg ! A chaque fois l’autorité de régulation prétextait un obstacle imprévu : un déménagement, un changement de président, une fusion avec l’autorité des télécommunications, un amendement à la loi sur l’audiovisuel. Antoine Schwarz proposa finalement de créer un bureau local avec l’embauche de dix personnes. Rien n’y fit. Mes collègues allemands, anglais et américains se cassèrent aussi les dents. Les Sud-Africains ne voulaient tout simplement pas d’étrangers sur leurs ondes.
Je me souviens d’Antoine Schwarz pris à partie par un journaliste en réunion plénière. Sur l’estrade, pas un des amis du PDG ne broncha.
Je me souviens de la réunion des radios partenaires à Buenos Aires. « Maradona est un demi-dieu », m’affirma très sérieusement un participant.
Je me souviens du général Stefanik. En mission à Bratislava, j’ai appris, à ma grande honte, qu’on venait d’inaugurer une place au nom de ce héros slovaque de la Première Guerre mondiale, à Paris, Porte de Saint-Cloud.
Je me souviens du speech d’Alain de Pouzilhac en 35 secondes à mon endroit : « Je sais que vous vous vous êtes décarcassé pour cette entreprise, mais j’arrive avec mon équipe. Il faut se séparer. »
Je me souviens de la radio nationale éthiopienne, répartie dans de petites maisons au sommet d’une colline boisée surplombant la ville : les CD musicaux de RFI y étaient fort bien rangés. Mais étaient-ils utilisés ?
Je me souviens de Moussa Kaka dialoguant avec des enfants touaregs dans un quartier de Niamey.
Je me souviens d’Amadou Vamoulké, responsable de la radio-télévision camerounaise, me voyant piquer à droite à la sortie de son bureau, constater que j’étais dextrogyre, comme 90 % des êtres humains. Hélas, peu après il a subi la lourde vindicte de Paul Biya. A ce jour il croupit toujours en prison.
Je me souviens de l’interminable négociation, article par article, un jour de mousson, pour obtenir un relais RFI à Vientiane au Laos.
Je me souviens d’une manif autour de la Maison de la Radio pour faire libérer Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Notre consoeur se doute-t-elle que des centaines de personnes ont porté son image sur leur cœur ? Le T-shirt à son effigie a fait florès.
« Ma fierté »
2001-2008 : « Ma grande fierté, c’est que l’équipe de la DAI a fait passer le nombre des relais FM de 76 à 169 durant mon passage à la tête de la Direction des Affaires internationales ».

L’auteur

Georges Lory
Né en 1950 à Paris
Journaliste à Jeune Afrique dans les années 80
Conseiller culturel en Afrique du Sud entre 1990 et 1994
Entre à RFI en septembre 1998
Directeur-adjoint des affaires Internationale à RFI jusqu’en juillet 2001
Directeur des Affaires internationales de juillet 2001 à septembre 2008
Ecrivain, poète et traducteur d’auteurs sud-africains



































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