RFI, ma maison ; le sport, ma passion
par Gérard Dreyfus
Une maison toute ronde, au bord de la Seine. En passant devant ce bâtiment encore en construction au début des années 60 je ne pouvais pas imaginer que je lui consacrerais une grande partie de ma vie professionnelle. Fenêtre sud, dernier trimestre 1966, Inter Service Jeunes. Je travaille quelques mois au côté d’Yves Mourousi, un personnage pas encore la vedette des médias qu’il deviendra plus tard.
En avril 1969 , après de longs mois sous les drapeaux, retour à la Maison de la Radio, fenêtre côté sud-ouest, les bureaux de France Inter. J’intègre le service des prévisions, chargé d’alerter les journalistes des rendez-vous importants de la semaine ou la quinzaine à venir. J’apprends le métier.
Chaque dimanche je vais étudier le fonctionnement du service des sports de la radio nationale. J’y croise alors Thierry Roland, à la notoriété déjà établie. Troisième étape de mon séjour dans ce bâtiment que tous les Parisiens connaissent, ce sera sur la face nord-est avec pour horizon le lever du soleil derrière la Tour Eiffel. Ce n’est pas encore RFI mais les Emissions vers l’étranger de l’ORTF. Une étape supplémentaire dans ma formation de journaliste.
Etape majeure : la direction décide de m’envoyer à Munich pour couvrir les Jeux Olympiques 1972, de sinistre mémoire. Rappelez-vous, l’attaque lancée par le groupe palestinien Septembre noir qui a pris en otage, dans le village olympique, des athlètes israéliens pour exiger la libération de prisonniers palestiniens. Et le terrible bilan de cette opération : onze athlètes israéliens assassinés, un policier allemand tué ainsi que cinq des huit terroristes. Je fais le job et pendant les événements un copain journaliste togolais qui réside dans le village, pas loin de la délégation israélienne, me raconte ce qu’il a vu. Mission accomplie.
Et maintenant, l’Afrique !
La quinzaine olympique m’a beaucoup appris. J’en vivrai d’autres plus tard. Petit à petit je me fais une place dans ce bureau du soleil levant. En janvier 1975, j’intègre la structure sport de la nouvelle-née, RFI. Pas encore un vrai service. J’y retrouve Jean Diatta, déjà installé, et un autre collègue qui nous quittera assez vite. Alain Brénot nous rejoindra plus tard. Et maintenant, débrouille-toi !

De l’Afrique je ne sais pas grand-chose, le peu qu’on m’a appris à l’école et la toute petite expérience de vacances passées au Maroc et en Tunisie. Il me faut apprendre. Et je vais m’y employer. Pour ne rien arranger, le football n’est pas alors mon sport de prédilection. Je suis plutôt rugby (un petit titre de champion scolaire de Paris) et cyclisme (une admiration pour Jacques Anquetil).
Principe de réalité oblige, le ballon ovale et le vélo n’étant pas les disciplines sportives les plus prisées en Afrique, c’est sur le continent que j’apprends mes leçons de foot. Et attention, l’erreur n’est pas permise. Alors je travaille !
Tout Puissant Englebert, Ashanti Kotoko de Kumasi, Canon de Yaoundé, Hafia de Conakry, Al Ahly du Caire, Zamalek, etc. Des clubs que j’apprends à connaître. Petit à petit les bases entrent. Pas encore incollable mais solidement armé. Progressivement le défi se transforme en passion et je sens que je reçois l’accréditation des auditeurs, enthousiastes… Le début d’une belle complicité !
Pendant ce temps, Frédéric Gassmann nous a rejoints. Une équipe solide se constitue. C’est bon signe, le sport trouve toute sa place sur RFI. Après ceux de Munich en 1972, je vis les Jeux de Montréal en 1976, de Moscou en 1980, de Los Angeles en 1984, de Barcelone en 1992, d’Atlanta en 1996.
Et puis la Coupe du monde de football : Argentine en 1978, Espagne en 1982, Mexique en 1986, Italie en 1990, Etats-Unis en 1994, France en 1998, enfin Afrique du Sud en 2010, invité par la FIFA à l’initiative de la CAF.
La CAN, ma sœur !
Et surtout, celle que je considère un peu comme ma sœur, la Coupe d’Afrique des Nations, la CAN, mère des compétitions sur le continent. Là encore, la CAN est le rendez-vous où RFI ne peut pas ne pas être présente. A titre personnel, je vis toutes les éditions de 1980 à 2006, puis celles de 2010 et de 2012 au titre de la Confédération Africaine de Football.
Le sport – et les dirigeants le comprennent rapidement – est un élément majeur de Radio France Internationale, celui qui réunit le plus grand nombre d’auditeurs. J’ai l’immense privilège de faire partie de cette équipe, de la conduire pendant de nombreuses années. Bien sûr, il y a les journalistes de la rédaction basée à Paris mais aussi une sacrée équipe de correspondants, journalistes autant qu’amis. Nous faisons partie d’une seule et même famille. Ils nous sont indispensables.

Je me souviens d’une année… L’un des correspondants termine son papier après un match en disant qu’il y avait eu des incidents : trois morts. Le lendemain je reçois un coup de téléphone du directeur de sa radio nationale m’enjoignant de le rayer de la liste de nos correspondants. Je lui réponds qu’il peut le suspendre mais que, pour ma part, en ma qualité de responsable du Service des sports, ce sera lui ou personne d’autre et que s’il est évincé, RFI ne parlera plus du sport de son pays. Le blocage dure trois mois, je ne pas déroge à ma règle – lui ou personne – et finalement il reprend sa collaboration.
« Le sport, et les dirigeants le comprennent rapidement, est un élément majeur de Radio France Internationale, celui qui réunit le plus grand nombre d’auditeurs ».
En fait, il n’y a jamais de gros problèmes. Ce que je sais, c’est que le sport, et le football plus particulièrement, font partie de l’ADN des pays d’Afrique. Jamais je n’avais imaginé que moi, journaliste sportif français, j’aurai l’immense privilège et la grande fierté d’être reçu par plus d’une demi-douzaine de Chefs d’Etats africains. Incroyable.
Et Abdou Diouf, ravi, monte sur scène
RFI me laisse en outre la possibilité de déployer mes activités hors de la Maison ronde. Collaboration avec l’hebdomadaire France-Football, une page chaque semaine sur le football africain et, plus difficile, pendant une dizaine d’années, l’organisation du Ballon d’Or africain à une époque où il n’y a pas d’ordinateurs, de téléphones portables, avec des attentes inouïes au téléphone pour joindre les correspondants.
Sur la chaîne de télévision TV5 il y a un magazine d’abord mensuel, puis très rapidement hebdomadaire sur le sport africain, avec la grande complicité de mon copain de toujours Olivier Sieber, responsable de toute l’organisation. Je créé également le mensuel Afrique Football. En 1991, je m’en souviens comme si c’était hier, nous organisons une grande soirée à Dakar, pour remettre des trophées à des joueurs africains. Je suis sur la scène aux côtés de Youssou N’Dour. Je suggère aux co-organisateurs sénégalais de demander au Président Abdou Diouf de remettre son trophée à Roger Milla. Réponse immédiate et catégorique : « Vous n’y pensez pas, le chef de l’Etat ne quittera pas sa loge. Il ne le fait jamais ! ». Je n’évoque plus rien de mon intention mais quand arrive l’heure de la remise de trophée à Roger Milla, je demande au Président de nous rejoindre, tout souriant, ravi, il monte sur scène…

J’ai eu une chance formidable à RFI, d’avoir deux chefs de service tels que Nicolas Levkov, qui présentait l’avantage d’être aussi un leader syndical, et Henri de Camaret. Celle aussi d’avoir eu des patrons à RFI qui connaissaient l’engouement pour le sport et en priorité pour le football en Afrique et qui me laissaient, et nous laissaient, une très grande liberté de manœuvre.
Une soirée inoubliable !
Je l’ai déjà dit, j’ai l’inimaginable privilège d’avoir été reçu une demi-douzaine de fois par des chefs d’Etat africains. Le premier d’entre eux s’appelait Ahmed Sékou Touré, président de la République de Guinée. Nous sommes le lendemain du match du deuxième tour de Ligue des champions entre les Guinéens de l’AS Kaloum Stars de Conakry et les Ghanéens de l’Ashanti Kotoko de Kumasi, un des « grands clubs » du continent. Avant le match je pronostique sur les antennes de la radio nationale le bon score final, 3-1. C’est le résultat qu’il faut au club guinéen pour se qualifier.
A la fin de la rencontre, la radio locale me demande un commentaire : « J’ai vu un bon match, je suis content de votre victoire, mais si vous me demandez quelle a été la meilleure équipe je vous dis l’Ashanti Kotoko ».
Le lendemain matin, convocation à 8 heures du soir au Palais présidentiel. Que va-t-il m’arriver ? Premiers mots du chef de l’Etat : «Monsieur Dreyfus, vous avez été trop gentil avec notre équipe… ». En vérité le Président m’a organisé une petite réception. Dans son salon, nous sommes environ trente personnes. Non, je ne pense pas que quiconque ait voulu improviser mon procès. Tout au contraire. Une soirée inoubliable !
Les équipes sportives de RFI ont bien fait le job. Personnellement si c’était à refaire, je signerais tout de suite. Radio France Internationale demeurera à jamais ma maison. Et le sport, ma passion…
L’auteur

Gérard Dreyfus
Né en 1946 à Boulogne-Billancourt
Entré à Emissions vers l’Etranger (ORTF) en 1972 ; départ de RFI en 2010 – Principales fonctions :
Chef du Service des Sports de 1992 à 2000
Editorialiste sport (2000 à 2010)
Il a couvert 10 Coupes du monde de football, 20 Coupes d’Afrique des Nations et 7 Jeux Olympiques
Fondateur du mensuel « Afrique Football » en 1988
Pendant 10 ans auteur d’une rubrique dans France Football et responsable du Ballon d’Or africain
Consultant média auprès de la CAF de 2008 à 2017
Responsable du magazine « Sport Africa » sur TV5 Afrique et sur des chaînes canadiennes, américaines et latino-américaines
Co-fondateur de l’école de football « Planète Champion » au Burkina Faso
Auteur de nombreux livres
Il travaille sur un projet de Musée du football africain qui porterait témoignage de près de 70 ans de compétitions sur le continent.



































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